Mettre en pratique la généralisation à la maison : les stratégies efficaces

Dans ce nouvel article je souhaite vous présenter une lecture que j’ai trouvé particulièrement claire et complète : “Generalization and Maintenance” d’Arnold-Saritepe, Phillips, Mudford, De Rozario et Taylor (2009), publiée dans l’ouvrage Applied Behavior Analysis for Children with Autism Spectrum Disorders (Springer, New York), Ch 12.
Ce chapitre aborde un thème essentiel : comment aider une personne à transférer ses apprentissages dans la vie quotidienne et à les maintenir dans le temps, un enjeu central dans l’accompagnement des enfants autistes, mais aussi dans tout apprentissage durable.

En effet, enseigner une compétence ne suffit pas : il faut que cette compétence se produise dans la vie réelle et se maintienne dans le temps.

Les enfants présentant un trouble du spectre de l’autisme apprennent souvent efficacement dans un contexte d’enseignement structuré mais peinent à transférer leurs apprentissages à d’autres personnes, lieux ou moments. C’est pourquoi la généralisation et la maintenance des compétences constituent deux objectifs majeurs en analyse de comportement (ABA).

Qu’est-ce que la généralisation et la maintenance ?

Selon Baer, Wolf et Risley (1968), la généralisation est l’un des critères fondamentaux d’une intervention comportementale réussie.

Elle correspond à la capacité d’un comportement appris à se manifester dans de nouveaux contextes, avec différentes personnes ou environnements, voire à s’étendre à des comportements liés.
La maintenance, quant à elle, désigne la persistance de ce comportement dans le temps, même après la fin du programme d’intervention.

Ces deux dimensions assurent que l’enfant ne se contente pas de répéter un apprentissage, mais qu’il l’intègre durablement dans son répertoire de comportements quotidiens.

Les formes de généralisation

La généralisation est le produit direct de procédures soigneusement construites, visant à étendre le changement comportemental à divers contextes, stimuli et formes de réponse, et à en assurer le maintien dans le temps.

Trois formes principales sont distinguées :

  • Généralisation de stimulus : la réponse se produit face à des stimuli similaires (par exemple, différents types de chats).
  • Généralisation de réponse : l’enfant produit d’autres comportements équivalents sur le plan fonctionnel (par exemple, essuyer ses mains sur son pantalon plutôt que avec une serviette – même si ce comportement n’est pas socialement approprié, il remplit la même fonction que la réponse apprise, à savoir se sécher les mains).
  • Maintenance de la réponse : le comportement se maintient dans le temps même lorsque l’intervention qui a permis d’apprendre ce comportement a cessé.

D’autres processus, comme la généralisation entre les différentes personnes (un enfant apprend à se laver les mains et un autre de la maison commence à la faire sans qu’on ne lui ait appris à lui directement) ou l’équivalence des stimuli (par exemple, après avoir appris à associer le mot oral à son image dans les deux sens et le mot écrit au mot à l’oral dans les deux sens, il est capable d’associer l’écrit à l’image, l’image à l’écrit et dire le mot écrit sans y avoir été entraîné), peuvent également enrichir l’apprentissage.

Attention cependant, la généralisation n’est pas toujours souhaitable : dans certains cas, on recherche au contraire une réponse discriminée.
Une surgénéralisation survient lorsque le comportement est contrôlé par un détail non pertinent du stimulus (par exemple, confondre un chien avec un chat parce qu’ils sont tous les deux noirs).

Ainsi, la généralisation doit être planifiée et encadrée, car elle n’est jamais automatique, surtout chez les enfants avec autisme pour qui le transfert des apprentissages nécessite une programmation précise et cohérente.

Différencier la discrimination et la généralisation

En ABA, la discrimination consiste à apprendre à répondre à un stimulus précis.

Par exemple, lorsqu’un enfant pointe une image de chat lorsqu’il entend le mot « chat », il a appris à discriminer ce stimulus parmi d’autres.

La généralisation intervient lorsque l’enfant applique cette compétence dans d’autres situations : par exemple reconnaître un chat sur un autre livre, à la télévision ou en vrai.

Un programme efficace de modification du comportement ne se limite pas à reproduire un comportement identique dans un contexte d’apprentissage précis. Le véritable succès réside dans la capacité du comportement à se généraliser sous différentes formes fonctionnelles, dans divers environnements, et à se maintenir même après la fin de l’intervention.

Les défis spécifiques chez les enfants autistes

Les personnes autistes peuvent parfois avoir plus de difficulté à transférer une compétence apprise d’un contexte à un autre (par exemple, entre la maison, l’école ou différentes personnes). Cela s’explique par plusieurs caractéristiques du fonctionnement autistique :

  • Le besoin de stabilité et de prévisibilité : beaucoup de personnes autistes se sentent plus à l’aise lorsque leur environnement est familier et structuré. Un changement de lieu, de personne ou de matériel peut rendre la situation nouvelle moins claire, ce qui peut temporairement freiner l’utilisation d’une compétence déjà acquise.
  • L’attention sélective à certains détails : il arrive qu’une personne autiste se concentre sur un élément particulier d’une situation (une couleur, une voix, une position d’objet). Si cet élément change, elle peut avoir plus de mal à faire le lien avec ce qu’elle a déjà appris, même si elle possède bien la compétence.
  • La motivation et le renforcement : lorsque les efforts ou les réussites ne sont pas reconnus de manière régulière, la motivation peut diminuer. Les renforcements positifs (félicitations, encouragements, accès à une activité appréciée) aident à maintenir les comportements appris et à les reproduire dans différents contextes.

En résumé, ces différences ne sont pas des obstacles, mais des points d’attention pour les adultes qui accompagnent l’enfant.

Les stratégies de généralisation

Stokes et Baer (1977) ont proposé neuf grandes stratégies pour promouvoir la généralisation et la maintenance :

  1. « Train and hope »
  2. Modification séquentielle
  3. Favoriser les contingences naturelles
  4. Varier les exemples
  5. Enseigner de façon flexible
  6. Utiliser des contingences indiscernables
  7. Programmer des stimuli communs
  8. Médiation de la généralisation
  9. Entraîner “à généraliser”

Certaines de ces stratégies exigent une expertise technique, mais d’autres peuvent être mises en œuvre efficacement par les parents au quotidien.

Les stratégies les plus simples et efficaces pour les parents

Favoriser les contingences naturelles

Pour qu’un apprentissage dure, il doit avoir une utilité et être naturellement renforcé dans la vie quotidienne.
On choisit donc des comportements qui apportent une conséquence positive (attention, réussite, interaction) et on les encourage dans les contextes réels où ils ont du sens.
L’objectif est que le comportement soit renforcé spontanément par l’environnement, sans récompense artificielle.

Exemples :

  • Ranger son jeu permet d’accéder rapidement à une nouvelle activité.
  • Demander calmement un objet est renforcé par l’obtention de cet objet.

Cette stratégie est très efficace car elle favorise la maintenance à long terme.

Varier les exemples et les contextes

Pour qu’une compétence soit vraiment généralisée, il faut l’enseigner à travers plusieurs situations ou exemples.
Plutôt que d’apprendre une seule version d’une tâche, on varie les supports, les contextes et les personnes jusqu’à ce que l’enfant applique la compétence de lui-même dans des situations nouvelles.

Exemples :

  • Apprendre à reconnaître un chat à partir de photos, dessins, peluches et vrais chats de différentes couleurs.
  • Travailler les compétences sociales avec plusieurs membres de la famille, pour que l’enfant sache interagir avec divers partenaires.
  • S’habiller dans différentes pièces de la maison pour que l’enfant s’adapte aux différents contextes

Cette diversité d’exemples empêche l’apprentissage de devenir rigide et favorise la flexibilité comportementale.

C’est une excellente stratégie pour transférer les compétences.

Reproduire des stimuli communs entre les différents contextes

Utiliser les mêmes supports, routines et consignes dans plusieurs contextes aide l’enfant à faire le lien entre eux. Cette stratégie consiste à rendre l’apprentissage aussi proche que possible de la situation réelle où la compétence devra être utilisée.
On intègre donc dans la séance des éléments concrets ou familiers du contexte naturel (personnes, objets, environnement, routines) afin de faciliter le transfert.

Exemples :

  • Reproduire le moment du regroupement à l’école pendant la séance, avec le même livre, les mêmes pictos etc.
  • S’entraîner à commander un menu en utilisant une fausse caisse et un vrai panneau de restaurant pour préparer une sortie.

Cette stratégie renforce le lien entre apprentissage et vie réelle mais demande une bonne communication avec les professionnels.

Utiliser des médiateurs de généralisation

Les médiateurs sont des supports qui accompagnent l’enfant dans différents contextes : pictogrammes, plannings visuels, cartes “pause”, carnets de communication, ou même des pairs et membres de la famille.

Ils permettent à l’enfant de se rappeler quoi faire et quand le faire, favorisant ainsi l’autonomie.

Exemples :

  • Une carte “jouer” est utilisée à la maison et à l’école.
  • Un pictogramme “toilettes” présent dans tous les environnements.
  • Un grand frère qui aide l’enfant à répéter une demande apprise en séance.

Ces supports favorisent l’autonomie, la continuité des apprentissages et la capacité à se réguler dans divers environnements.

Enseigner de manière flexible

Introduire de petites variations dans la façon d’enseigner ou de donner les consignes (changement de lieu, de ton, d’horaire) aide l’enfant à accepter le changement et à reconnaître les consignes malgré les différences.

C’est une stratégie complémentaire, et non une stratégie unique. Elle ne suffit pas à elle seule pour assurer la généralisation, mais elle renforce l’efficacité des autres approches.
En variant les conditions d’enseignement, on rend les apprentissages plus flexibles et résistants aux changements, ce qui prépare l’enfant à réussir dans des contextes réels.

Planifier la généralisation dès le départ

La généralisation ne doit pas être une étape finale, mais un objectif intégré dès la conception du programme, elle doit être prévue dès le début d’un programme d’intervention.

Chaque compétence enseignée devrait être accompagnée d’une réflexion sur :

  • les différents contextes où elle sera utile,
  • les personnes impliquées,
  • les renforcements naturels possibles,
  • les supports de transfert à utiliser.

Le professionnel planifie comment le comportement pourra se transférer à d’autres formes, contextes, personnes et moments, afin d’assurer son maintien dans le temps.

Cette planification se fait en collaboration avec l’enfant, les parents et les intervenants, pour choisir les priorités et s’assurer que les apprentissages soient réalistes, utiles et durables.

Que retenir ?

La généralisation et la maintenance ne se produisent pas par hasard : elles se préparent, se soutiennent et s’évaluent.

Pour les parents, quelques actions simples peuvent transformer un apprentissage isolé en compétence quotidienne :

  • renforcer les comportements utiles au quotidien,
  • varier les contextes et les modèles,
  • utiliser les mêmes supports que les professionnels et intervenants,
  • et favoriser l’autonomie grâce à des outils visuels ou des routines cohérentes.

Ces pratiques, accessibles à tous, font de la maison un véritable environnement d’apprentissage naturel, garantissant que les progrès observés en séance deviennent des changements durables.

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